De Saint-Sauveur à Tokyo : maniaqueries technopolitaines

lundi 15 avril 2019

Maniaqueries japonaises

Le soleil se lève sur le Japon et se couche au large de la Silicon Valley. À son zénith, il pointe exactement sur la friche Saint-Sauveur, à Lille. Reportage d’un non-japonisant parti où la technopole s’élève.

J’étais embarqué depuis plusieurs mois contre la bétonnisation de la friche Saint-Sauveur à Lille. Au lieu d’offrir une respiration à la ville la plus « minérale » de France, Martine Aubry préfère bétonner ces 23 hectares en « cœur de ville ». Mot d’ordre : densifier, plutôt qu’étaler. Superposer, verticaliser, suspendre. Quoi donc ? Les logements, les bureaux, les parkings, et bien sûr les jardins. On doit à l’aménageur cette innovation langagière de « polder métropolitain », des surfaces gagnées non plus sur la mer, mais vers le ciel, en bâtissant la ville sur la ville.
La poésie n’est pas seule à apaiser la mauvaise conscience des technocrates. Les smart grids (comme Linky) accueilleront les futurs startuppers dans un quartier « bas carbone » qui atteindrait la « sobriété énergétique » par « pilotage des consommations ». Aussi le « mix énergétique » sera-t-il obtenu par « transports doux » et voitures électriques.

Connecter pour densifier, densifier pour connecter... la question me taraude depuis quelque temps déjà. Au risque d’alimenter les clichés, je quittais ma friche pour observer comment l’on vit dans la mégapole la plus peuplée, la plus riche et la plus connectée du globe : Tokyo, 40 millions d’habitants, 200 millions d’objets communicants. Non-japonisant, je souhaitais sans prétention rapporter un peu du quotidien tokyoïte – celui-là même qui dessille les yeux des édiles lilloises.

L’horreur technopolitaine

Mon voyage ne pouvait mieux débuter. Le Japan Times offert à l’aéroport résume la situation. D’une part, Tokyo s’engrosse de 140 000 habitants par an. D’autre part, les Jeux Olympiques approchant, les services de cyber-sécurité testeront 200 millions d’objets connectés (téléphones, montres, métros, centrales nucléaires, etc) pour prévenir toute déstabilisation de leur mégapole-machine. Me voilà jeté dans le bain japonais.

La suite est à lire dans le numéro d’avril de La Décroissance.

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Exposition Atoms for Peace à Hiroshima en 1956. Parmi les bienfaits de l’atome : cette "slave hand".